Mauritanie : Parlons du camp de m’bera !

Dernière mise à jour : 5 sept.

Avant de me mettre à blâmer le HCR et consort ainsi que la philosophie qui se cache derrière. Je vais commencer par regarder ce qui cloche chez nous en la matière. Quand on vient vous soumettre un problème et que votre seule réponse est de pointer du doigt un organisme étranger sur votre sol, vous conviendrez avec moi, que c’est sans doute vous, le problème.

D’ailleurs, quel est le problème en question ?


Un pays voisin en proie à une menace qui met en péril toute la région, voit certains de ses habitants fuir vers la Mauritanie. Personnellement, je ne vois pas un problème. Je vois des gens qui cherchent secours et refuge chez moi, auprès des miens.


Quel honneur !


Ce ne sont que des gens. Des humains. Dont nous connaissons à priori tous les besoins fondamentaux, car nous avons les mêmes. De quoi parlons-nous ? D’abris, de maisons, de lieux de vie, d’organisation pour scolariser les enfants et pour intégrer les adultes sur le marché du travail, soit en fournissant un emploi directement, soit en facilitant l’implantation d’une activité économique.


Le but de l’aide véritable étant d’assurer les moyens légaux de subsistance et la conservation de l’autonomie ou de l’indépendance d’une personne.


La nature de cette aide, sa qualité et sa valeur, se mesure à l’aune du type de solidarité et d’hospitalité que vous aurez prodigué.


Si ce que les gens ont vu et ressenti, c'est de l’indifférence et de la relégation de votre part, il ne faudra pas vous attendre à des éloges. Tout ce que vous aurez fait en définitive se résumera comme suit : La Mauritanie et les Mauritaniens ont mis à disposition de leurs voisins et frères du Mali, un territoire, grand comme un quartier, que des organismes étrangers administrent et dans lequel ils exercent leur version de la solidarité et de l’hospitalité.


Surtout ne me sortez pas l’excuse de la précarité et de la pauvreté. Rien ne peut justifier ce comportement. C’est une attitude de lâche et de mécréant.


Notre vision de la solidarité et de l’hospitalité n’est pas représentée dans les organismes internationaux. Ce ne sont pas nos valeurs qui dominent la communauté internationale.


L’accueil institutionnel et administratif ne remplacera jamais l’accueil proprement humain.


Pour l’un, c'est une question de logistique, de critères, de statistiques, pour l’autre, c'est une question de principe, d’honneur, de conviction.


Les organismes internationaux ne nous dispensent nullement d’une véritable hospitalité ou même d’un plan logement pour recevoir convenablement les réfugiés. D’un plan santé, pour assurer leurs soins, afin de leur permettre de conserver un semblant de normalité dans leur vie. D’un plan scolaire et emploi pour introduire et faciliter l’intégration dans le système scolaire et sur le marché du travail.

Les organismes internationaux ne devraient que venir en appui des plans du gouvernement en la matière. Pour en assurer le financement ou le cofinancement, pour en contrôler le bon déroulement et pour veiller à la continuité administrative des réfugiés vis-à-vis des autorités mauritaniennes et Maliennes.


L’hospitalité, ce n’est pas laisser des enfants de moins de 10 ans mendier aux carrefours de notre capitale. Cela ne se peut, cela ne se doit. Rien de tout cela n’est conforme aux enseignements que j’ai reçus enfant.


On m’a appris que la pauvreté ne justifiait pas l’avarice. Que ce que cinq personnes peuvent manger, une dizaine le peuvent également. Qu’il n’y a pas de plus grande bénédiction que le partage, même quand il n’y a pas grand-chose à se partager. C’est ce qui fait de nous des êtres humains. Une humanité.


Que s’est-il donc passé ? Est-ce que seuls les Mauritaniens n’étant plus de ce monde avaient une conscience ? Est-ce qu’il faut vivre dans les cimetières pour reprendre pied avec le sens réel de la vie ?


Je vais vous dire ce que je vois, des agneaux entiers que vous dévorez, farcie de riz ou de couscous parfumé et toutes les entrées et les desserts que vous vous enfilez, entre ami(e)s et parents.


Tout ce que vous ingurgitez n’est en définitive que du carburant, du poison ou de la pourriture. Du carburant, parce que votre corps a besoin d’énergie, du poison puisque vous intoxiquez votre corps avec ses futures maladies, et enfin de la pourriture parce que le reste termine dans vos lieux d’aisance.

La nourriture, l’argent, le pouvoir, la progéniture, ne valent rien quand on ne sait pas à quoi cela sert. Lorsqu'on est juste un passage, un réceptacle brisé, une vieille outre percée. Tout, nous traverse, rien ne reste, le vent de l’histoire se charge heureusement de dilapider l’empreinte d’une telle existence.


Aider dignement et avec respect, voici la devise. Même si nous devions construire des centaines de milliers d’habitations, où serait le problème ?


La place ? Les moyens ? La volonté ?


Pour la place, je crois que cet argument est mort-né. Pour les moyens, je pense qu’il serait temps de mettre à profit vos talents longtemps admiré pour la mendicité. Pour la volonté, je sais que votre paresse légendaire, dont j’ai moi-même hérité, vous cause bien du tort, mais se réveiller une fois tous les cent ans devrait être un objectif atteignable.


Que faire des habitations, après que les réfugiés rentrent chez eux ? Cette question ne devrait même pas me venir à l’esprit. Nous avons des milliers de mal logés, de gens qui n’ont pas accès à la propriété privée, de personnes âgées pauvres sans famille. Ce ne sont pas les candidatures qui manqueront. Ni les possibilités de reconversion.


Les interrogations qui me viennent à l’esprit sur notre appartenance collective à un système d’idées et de croyances sont les suivantes :


Si tu arrives à t’épanouir et à trouver le succès dans une société corrompue jusqu’à la moelle. Qu’est-ce que cela signifie ?


Si tu recherches l’approbation de tes pairs et que ces derniers sont des grosses ordures.

Qu’est-ce que cela veut dire ?


Si tu veux participer activement à la perpétuation d’un système injuste parce qu’il sert tes intérêts et ceux des tiens. Qui penses-tu être ?


La vie est une épreuve de fond. Ce n’est pas une course de vitesse. Aucun de nous n’est indispensable pour la finir. Peu auront l’honneur de servir une autre cause que là leur sur cette terre. Nous ne sommes pas spéciaux.


Nous sommes à peine des fourmis ou des abeilles. L’une et l’autre de ces créatures sont utiles à leur société et suivent à la lettre leur raison d’exister. Au bout de cette expérience, c’est ce que nous sommes profondément qui sera révélé à la vue de tous.


Notre courage ou notre lâcheté. Nos vérités ou nos mensonges. Notre égoïsme ou notre altruisme. Notre plaisir ou nos responsabilités.


Le reste n’est que vanité.


N.C



« Ce n'est pas par jeu que Nous avons créé le ciel et la terre et ce qui est entre eux. » (Coran, 21: 16)
« Pensiez- vous que Nous vous avions créés sans but, et que vous ne seriez pas ramenés vers Nous?" (Coran, 23 : 115-116).
« Celui qui a créé la mort et la vie afin de vous éprouver (et de savoir) qui de vous est le meilleur en œuvre,

et c'est Lui le Puissant, le Pardonneur. » (Coran, 67 : 2).

« Et rappelle ; car le rappel profite aux croyants. Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils m’adorent. » (Coran, 51 : 55-56)
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