La fin d'une transition ?

Dernière mise à jour : 22 août 2021

Le trio du CMJD, vient enfin d'abattre sa dernière carte. Le Général Ghazwani est finalement, comme je l'avais envisagé, le candidat naturel du Président Général Aziz. Déjà en 2005, je connaissais le plan de ces militaires et je n'ai pas beaucoup de mérite pour cela. Comment n'aurais-je pas compris d'ailleurs ? Férue de poésie, j'avais résumé cette réalité implacable en un simple petit vers : " Ely fais tes valises et surtout n'oublie ni Ghazwani, ni Aziz !"

Je ne vais pas perdre du temps à faire le détail des autres candidats, car il est évident pour moi qu'ils ne seront que des épouvantails électoraux. Pour donner aux observateurs, le sentiment d'une pluralité politique ou d'une diversité idéologique. Ce qui n'est bien sur, pas le cas du tout.


Je tiens donc à conserver mon énergie, pour des luttes qui ont une minuscule chance d'aboutir. S'adresser directement à celui qui va devenir notre président avant qu'il ne le devienne, c'est un exercice d'une certaine rareté, dont je vais essayer de profiter pleinement.


On attribue beaucoup de qualités à notre futur président, celle qui revient fréquemment fait état d'une très grande discrétion. Habituellement, c'est une faculté que j'approuve chez mes congénères. Ce serait aussi, une amélioration considérable par rapport à l'hyper-présidence de son futur-ex prédécesseur.


Pour ce qui concerne la prochaine étape que va franchir notre nation, je pense humblement que notre futur président pourrait rentrer dans la postérité, s'il voulait bien entamer un lent désengagement de l'armée, de la gestion des affaires politiques, économiques et sociales du pays.


Même si pour ce faire, il devait faire inscrire dans notre constitution, des articles qui protégeraient l'institution de l'armée et certains de ses membres, des poursuites judiciaires éventuelles et autres répercussions (financières), liées à la période de prise du pouvoir civil, allant de 1978 à 2018 par exemple.


Bien sûr ce sacrifice que nous ferions, de ne pas réclamer justice pour pouvoir avancer et reprendre notre avenir en main, n’ôterait en rien les stigmates de la culpabilité et celui du ressentiment, fermement arrimés aux souvenirs individuels et à la mémoire collective.


En dépit de la confiance brisée, nous savons que nous avons besoin de l'armée pour poursuivre notre chemin. Elle devra changer bien évidemment. Endosser d'autres rôles auprès des populations. Etre mieux équipée, les soldats mieux rémunéré et plus spécialisé.


Ce que je propose ici, bien que cela me soit parfaitement odieux moralement, est la seule solution objective que j'ai pu envisager pour dénouer ce sac de nœuds, dans lequel la nation Mauritanienne est prise au piège. Ce passage obligatoire, pour fonctionner ne doit laisser aucune place à l'erreur et au doute.


Ce que le peuple consent comme compromis pour retrouver sa liberté, il ne le fait qu'à son corps défendant et à ce titre, il doit s'assurer de participer au processus qui va le conduire à reprendre le pouvoir. Associer les Mauritaniens à cette étape cruciale de notre avenir, dans un contexte international des plus tourmentés, est la seule voie d'intelligence démocratique possible.


Redonner à la séparation des pouvoirs son sens et ses lettres de noblesse, faire de l'indépendance de la justice un pilier de notre démocratie, ajouter une nouvelle institution dont la vocation est d'intégrer notre élite religieuse à la marche du pays, en lui permettant d'offrir des remarques et des conseils sur tous les sujets.


Assainir la vie politique, en n'acceptant que les partis politiques ou les mouvements, qui ont des adhérents, des militants ou des activistes, qui cotisent ou participent régulièrement à des réunions, des manifestations ou des actions. Les partis politiques doivent présenter des programmes et non pas des postures.


Créer un mécanisme, pour que les électeurs puissent révoquer un élu quand ce dernier ne rempli pas ses promesses de campagne, sans s'en expliquer au préalable ou se justifier devant ses administrés.


Lutter contre la corruption avec des organismes indépendants, charger d’enquêter sur les conflits d’intérêts, les montages financiers, les comptes à l'étranger, la constitution des patrimoines. Les Mauritaniens ne peuvent plus supporter le vol et le pillage éhonté des deniers publics et seront à l'avenir intransigeant vis à vis des serviteurs de l'état, qui confondent le budget de la nation avec leur bourse familiale.


Restaurer la mentalité républicaine chez les Mauritaniens, en rendant caduque le recours à une communauté qui ne serait pas la communauté nationale. Un travail qui ne saurait être réalisé sans d'abord refonder un dialogue entre les communautés qui composent la nation Mauritanienne. Parce que ce dialogue et cette communication naturelle, a été faussée et dévoyée par 40 ans de pouvoir militaire.


Lutter contre le chômage de masse, en diversifiant le tissu économique, en régulant le marché du travail, en accompagnant les jeunes diplômés dans leur entrée sur ce marché, en apportant des garanties pour les investisseurs, en cultivant le sens des affaires et de l'entrepreneuriat chez nos étudiants. En pariant sur une digitalisation de notre économie, en contrôlant les processus de production, en respectant des normes strictes.


Entretenir une culture basée sur la rencontre entre le grand public et les acteurs économiques, afin de faire cohabiter de manière saine, c'est à dire par le débat et le retour d'expérience, les différentes cellules qui composent la vie organique et économique d'un pays. Du grand banquier au petit boutiquier en passant par le vendeur ambulant, rien ne doit être laissé de côté.


Définir une doctrine de politique étrangère à laquelle notre pays se tiendra quoiqu'il advienne, qui puisse englober nos intérêts et ceux de nos voisins ainsi que ceux du continent où nous vivons. Cette doctrine doit être en accord avec les valeurs du peuple Mauritanien, promouvoir la médiation et la réconciliation comme outils de résolution des conflits, dans des régions éprouvées par la pauvreté, la destitution et la guerre.


Et par pitié, redonnez-nous notre drapeau et notre hymne.

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