Ce grand débat que nous n'aurons pas.

Dernière mise à jour : 22 août 2021

La petite histoire pas si incongrue que cela, d'une énième déception journalistique, citoyenne et humaine. On continue de sauter les étapes en Mauritanie, au grand dam de toute une génération.

Chers Candidats, la présidentielle approche à grand pas et en dépit de toutes nos acrobaties démocratiques, nous n'aurons pas la grande discussion publique, que les Mauritaniens méritent et réclament. Il faut croire que la remise en question et l'autocritique pragmatique, sont des données totalement absentes de notre logiciel.


Personne ne va répondre du bilan de ces dix dernières années ? L'opposition politique Mauritanienne ne va jamais assumer publiquement sa responsabilité directe, dans la conclusion de l'accord fondateur qui a permis le point de départ des cinq premières années de cette fâcheuse décennie, marquant du même coup la prolongation du pouvoir militaire à la tête de l’exécutif et indirecte, quant à la poursuite de cette cruelle forfaiture pour les cinq années qui ont suivi, ainsi qu'au travers de la candidature actuelle du général Ghazwani ?


Je vous recommande la lecture du test du gorille invisible, il en ressort en substance que quand nous sommes concentré sur une tâche, une chose aussi évidente et massive qu'un gorille passant dans notre champ de vision périphérique, peut nous échapper. Nous l'occultons tout simplement. Le même phénomène se reproduira pourtant, quand les sujets participant à une nouvelle expérience et préalablement informés des résultats de la précédente, vont non seulement manquer l'introduction d'un chimpanzé, mais aussi le changement de couleur des rideaux dans la pièce et plus incroyable, le fait qu'un des participants s'en ira en compagnie du grand singe.


Tout ceci pour dire, que s'aveugler face à des évidences, des vérités et des réalités, ce n'est pas une manifestation de notre défaite en tant qu'être humain, c'est juste une réaction parmi tant d'autres, face à des machinations, des événements ou des décisions qui ne rentrent pas dans la ligne de mire de nos intérêts immédiats et urgents. Notre situation s'apparente à la seconde expérience du gorille invisible, nous avons été plus ou moins informés et nous pensons savoir quoi chercher, mais en fait l'avertissement ne nous indique pas comment regarder.


Esquiver les reproches circonstanciés et raisonnés des différents acteurs de la vie politique et publique Mauritanienne. S'approprier de manière démagogique les revendications des populations pour les transformer en éléments de langage, au service de la communication de la campagne d'un candidat. Refuser de remettre à plat la gestion des deniers de l'état, en proposant ne serait-ce qu'un grand audit. Remettre l'heure des comptes à un moment hypothétique, commodément situé entre plus tard et jamais. Toutes ces techniques sont utilisées pour fausser le débat public, pour amoindrir l'ampleur des voix dissidentes, pour consolider des montages financiers destinés à cacher le fruit et l'usufruit des détournements de fonds.


J'avoue qu'il m'est difficile de comprendre les réticences de tant d'hommes et de femmes publiques, à demander, ne serait-ce que l'organisation d'un grand débat national. N'est-il pas évident que nous devons impérativement engager l'évacuation de certaines problématiques, avant d'entamer un nouveau chapitre de notre histoire ?


Quelle est l'inquiétude qui peut vous retenir ou vous faire hésiter, en sachant que c'est votre avenir et celui de vos enfants qui est menacé à moyen et long terme ? J'espère que ce n'est pas cette naïve perception, qui voudrait qu'en creusant trop profond à la recherche de la vérité, on découvre subrepticement le degré de votre collaboration ou le prix de votre silence ?


Non, non, non...


Ne vous en faites pas, il n'est pas un Mauritanien qui ne soit pas conscient de sa propre implication dans la faillite de notre système et de notre société. Nous sommes coresponsable de cet échec. Néanmoins, il ne faut pas se leurrer et je ne vais pas vous mentir, pour que ce pays reparte sur le bon pied, il faut que certains acceptent l'idée que leur cupidité a été criminelle et qu'ils vont devoir payer pour cela.


Avant d'en arriver à cette matière inconfortable, il en est une qui vous sera avantageuse et réduira votre niveau de stress. Celle qui privilégie la sincérité des intentions, par l'ouverture du dialogue et l'explication des événements, causes, conséquences et enjeux qui ont animé notre vie politique, économique et sociale. Dans un espace, où vous et d'autres pourront donner votre version des faits.


Chers Candidats, en quoi, est-ce que l'émancipation intellectuelle des Mauritaniens par l'instruction, l'enseignement et l'éducation sont une menace pour le régime militaire ? Ressentez-vous une fierté particulière à ce que la Mauritanie soit classée par l'index mundi, au 149e rang sur 162 disponible pour son taux d'alphabétisation ? Est-ce plus pratique de se sentir intelligent et indispensable, quand on a privé les autres des outils et moyens pour se former et s'informer ?


Je suis maintenant dans l'obligation d'aborder un autre sujet, qui ne va pas arranger mes relations avec mes compatriotes. Celui de la réforme de l'administration et de la fonction publique. Quand j'analyse la situation de nos fonctionnaires, j'oscille entre une forme infime de reconnaissance et un abject dégoût. Commençons par le bon côté, je pense que sans nos fonctionnaires, nous aurions eu du mal à conserver pour les populations un semblant de stabilité. Finissons par le mauvais côté, ceux parmi vous qui ont amassé des fortunes, oubliant les devoirs de votre charge, qui ont abusé de l'autorité dont vous étiez les dépositaires, qui disposent de la faveur d'occuper des emplois fictifs et ceux finalement qui ont marginalisé l'authentification des documents officiels, en faisant de la production de faux et de son usage dans le domaine public, un consentement obligatoire à les considérer comme des originaux .


Vous ne pourrez plus servir l'état ni occuper un emploi dans la fonction publique.


Qui profite du trafic de drogues en Mauritanie ? Quelles sont ces drogues et comment circulent-elle ? Où est blanchi l'argent ? Il n'y a pas d'études à ce sujet, pas de plans, d'objectifs, de résultats, de condamnations ?


Qui se soucie parmi nos candidats, de l'augmentation de la criminalité et de la nature extrêmement violente des crimes perpétrés ? Des morts inutiles sur la route, des malades allongés dans les couloirs des hôpitaux ? De désenclaver nos populations et nos territoires et d'Homogénéisé le développement sur l'ensemble de notre pays ?


Quelle est la direction que vous ferez prendre à notre politique étrangère ? Allons-nous continuer à participer à une alliance criminelle, tuant les Yéménites et détruisant le Yémen ? Quelle est la position réelle de la Mauritanie vis-à-vis d’Israël ? Quelle est notre politique africaine ? Avons-nous une doctrine générale de politique étrangère nous permettant d'avoir un cadre clair pour nos populations, voisins, et partenaires ?


Je pourrais continuer encore dans cette veine très longtemps, mais je préfère m’arrêter, car je voudrais garder mes munitions intellectuelles, pour l'éventualité où un tel débat serait organisé en Mauritanie.


Invitez-moi pour la circonstance, je serais ravie de vous les délivrer bien en face !

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